
Maintenant âgé, Jean-Paul Kauffmann revient sur son enfance; il réminisce (oui, le verbe n’existe pas, je sais, mais il convient bien) à la façon d’une abeille butineuse sur son enfance dans un village au nom étrange, Corps-Nuds, un lieu-dit de la campagne gallo. Le point de départ est un accident de camion dans son enfance qui fit 18 morts en 1949. Mais ce n’est qu’un prétexte à faire mémoire de son éducation (catholique), de la personnalité de ses parents et notamment de sa mère (plus complexe et ambiguë que celle de son père). Il explique sa personnalité et en partie ses choix de vie, par ses influences d’enfance. C’est aussi l’occasion de dresser assez longuement le portrait de deux prêtres qui ont beaucoup compté dans sa vie (d’une manière qu’il cherche encore à cerner): le curé Brionne dont il servait la messe au village (hautain, clérical, intégrisant) et le cousin Rousseau (humain, libéral, cultivé, mystérieux aussi) qui venait régulièrement et lui ouvrait des horizons sur le monde. Le côté zigzagant de l’ensemble, l’absence d’intrigue (malgré un essai de suspense sur Brionne qui fait pschitt), nuit un peu au tout (qui n’est pas sans répétitions) mais la qualité de l’écriture, l’honnêteté du propos, l’intérêt historique (et spirituel) de cette France rurale catholique qui n’est plus, rendent la lecture plaisante et font repenser aussi à sa propre enfance…